En bref :
- Mahmood Mamdani, intellectuel et professeur d’anthropologie, revient sur l’histoire complexe de l’Ouganda, mettant en lumière les questions d’appartenance à la nation et d’exclusion au cœur des débats politiques et sociaux.
- La figure de Zohran Mamdani, son fils, élu maire de New York, incarne un souffle renouvelé de politisation et d’identité, combinant valeurs universelles et identités multiples.
- L’expulsion forcée des populations asiatiques sous le régime d’Idi Amin en 1972 reste une blessure mémorielle qui illustre les fractures liées à l’identité nationale et aux conflits ethniques en Afrique.
- Mahmood Mamdani explore aussi la manière dont les notions d’Indigénéité et de citoyenneté sont instrumentalisées pour diviser ou unifier les peuples, notamment à travers l’exemple de l’Ouganda sous Museveni.
- Les enjeux liés aux droits humains et à l’inclusion politique sont au cœur d’un combat permanent, où héritages coloniaux et néolibéralisme s’entrelacent pour façonner les sociétés contemporaines.
Les expulsions forcées en Ouganda : un traumatisme national et ses répercussions sur l’appartenance
L’histoire de l’Ouganda dans les années 1970 est marquée par un épisode tragique : les expulsions forcées de la communauté asiatique sous le régime d’Idi Amin. Ce dernier, en 1972, ordonna l’exil de plusieurs dizaines de milliers d’Asiatiques, descendants de migrants venus en Afrique durant la période coloniale britannique. Cette mesure raciale fut présentée comme un acte de nationalisme noir destiné à unifier les groupes ethniques d’Ouganda, mais elle plongea le pays dans une crise économique et sociale profonde. Mahmood Mamdani, alors jeune enseignant, vivait cette expulsion de manière intime, expérimentant une perte de radicalité identitaire et une dépossession brutale.
Avant l’expulsion, la coexistence entre les différents groupes ethniques et raciaux était fragile, mais la décision d’Amin a exacerbé les conflits ethniques en définissant arbitrairement qui appartenait à la nation ou en était exclu. Ces ruptures identitaires persistèrent bien après le départ des Asiatiques, laissant derrière elles un sentiment de dépossession illusoire et d’oubli, comme l’exprime Mamdani dans son ouvrage Slow Poison. Le pays perdit ainsi non seulement une partie de sa population, mais aussi une opportunité de construire une identité nationale ambitieuse et inclusive.
Cette période historique éclaire une problématique fondamentale : comment définir l’appartenance à une nation quand l’histoire porte en elle un imaginaire de ségrégation et de hiérarchisation des groupes humains ? L’Ouganda, à l’image d’autres États postcoloniaux, illustre que le concept d’Indigénéité peut être manipulé pour justifier des politiques d’exclusion, notamment lorsqu’il s’agit de protéger des privilèges ou des pouvoirs détenus par des groupes dominants.
- Le départ forcé de milliers d’Asiatiques a eu des conséquences économiques sévères et a déclenché une crise humanitaire aux dimensions nationales.
- L’appropriation exclusive de la nation par un groupe racial ou ethnique conduit inévitablement à l’exclusion systématique d’autres populations, alimentant tensions et conflits locaux.
- La mémoire collective en Ouganda reste marquée par cette fracture, rendant le processus de réconciliation complexe et douloureux.
- Les questions d’identité et d’appartenance restent centrales dans les débats contemporains sur la nature même de la citoyenneté en Afrique postcoloniale.
Zohran Mamdani, une nouvelle figure politique à New York : identité plurielle et lutte pour les droits humains
Le visage politique de Zohran Mamdani, élu maire de New York en 2025, se présente comme une réponse contemporaine aux défis posés par l’exclusion et la division. Fils de Mahmood Mamdani, Zohran incarne une génération aux identités multiples : musulman, africain d’origine ougandaise, et membre d’une diaspora sud-asiatique. Son parcours reflète un engagement politique enraciné dans un profond respect de l’histoire et une revendication lucide d’une appartenance politique universelle.
Contrairement aux récits traditionnels qui enferment dans une seule identité, Zohran a clairement affiché sa complexité culturelle sans renier les valeurs progressistes. Sa campagne s’est appuyée sur une vision où le politique transcende la division ethnique et raciale, proposant un projet où s’entremêlent spécificité culturelle et engagement en faveur des droits humains. Cette double lecture de son identité fait écho à ce que son père analyse comme essentiels : la capacité à reconnaître notre passé commun tout en construisant un avenir commun inclusif.
À New York, cette élection marque un tournant politique en galvanisant notamment la gauche américaine mais aussi l’opinion progressiste en Europe et en Afrique. Les idées qu’incarne Zohran font écho à un appel mondial pour la reconnaissance de la pluralité dans la construction de la nation, et illustrent le potentiel d’une politique inclusive qui s’appuie sur la richesse des différences plutôt que sur la peur de l’autre.
- Zohran Mamdani revendique une identité composite, refusant la simplicité des cases ethniques.
- Son succès électoral témoigne d’une société américaine se réinventant autour de valeurs d’inclusion et de justice sociale.
- La gauche française et européenne observent dans ce succès un modèle possible pour reconstruire leurs propres offres politiques.
- La victoire participe à une remise en question de la manière dont les récits nationaux incluent ou excluent certains groupes dans la définition même de la citoyenneté.
La relecture critique d’Idi Amin et Yoweri Museveni : nuances et héritages politiques en Ouganda
Dans Slow Poison, Mahmood Mamdani redessine les portraits d’Idi Amin et de Yoweri Museveni, deux figures centrales de l’histoire politique ougandaise de l’après-indépendance. Amin, souvent caricaturé uniquement comme un dictateur brutal, est replacé dans un contexte politique plus complexe où ses actions visent à forger une identité nationale fondée sur l’exclusion raciale et l’expropriation des Asiatiques pour unir les groupes noirs dans un projet d’État national noir.
À l’opposé, Museveni, longtemps célébré par l’Occident, est analysé en tant que dirigeant aux pratiques autoritaires, utilisant habilement le néolibéralisme pour légitimer son maintien au pouvoir dans un climat de fractures ethniques exacerbées. Sa politique de morcellement ethnique a, selon Mamdani, contribué à fragmenter encore davantage la population en créant des catégories d’“Indigènes” et de “non-natifs”, réduisant certains citoyens au statut de “colons” locaux sans droits fonciers ou politiques.
Cet héritage laisse le pays dans une situation où la question de la citoyenneté et de l’appartenance devient un enjeu quotidien, nourrissant le fragilisé tissu social et politique. Le livre invite à dépasser les visions manichéennes souvent véhiculées dans les médias occidentaux et à saisir les dynamiques profondes de pouvoir, ethnicity et droits humains sur le continent.
- Idi Amin a instrumentalisé la question raciale pour renforcer un nationalisme noir inclusif, mais avec des méthodes violentes.
- Museveni a intégré les mécanismes du néolibéralisme tout en entretenant les divisions ethniques pour consolider son autorité.
- Les définitions d’Indigénéité et de citoyenneté en Ouganda sont construites de manière à exclure régulièrement certains groupes.
- L’analyse critique de Mamdani permet de mieux comprendre les conflits contemporains et les obstacles à la réconciliation.
Les notions d’Indigénéité et d’appartenance à la nation : enjeux contemporains et héritages coloniaux
Au cœur de la réflexion de Mahmood Mamdani se trouve la question de l’Indigénéité versus l’identité construite et la citoyenneté. Le découpage imposé par les puissances coloniales britanniques en catégories d’“Indigènes” et de “races” a légitimé une distinction juridique qui se traduit encore aujourd’hui par des discriminations systémiques. Cette classification n’a jamais reflété la réalité historique des migrations humaines, qui ont toujours été dynamiques.
Mamdani souligne que cette fiction d’un territoire ethniquement homogène, avec des “homelands” ancestraux et des droits d’appartenance rigides, a servi à installer des systèmes de domination divisant les populations au profit de groupes privilégiés. Il affirme que l’Afrique ne doit pas répéter ce schéma mais chercher un modèle politique où l’appartenance dépend de la vie commune et non de l’origine.
Cette posture invite à repenser la citoyenneté en dépassant les oppositions rigides entre autochtones et allogènes, notamment dans des pays comme l’Ouganda où la multiplicité des peuples appelle à l’inclusion plutôt qu’à l’exclusion.
- L’Indigénéité telle qu’enseignée historiquement est une construction coloniale visant le contrôle social.
- La notion d’“homeland” est une fiction qui ne correspond pas à la mobilité ancestrale des populations.
- Les politiques contemporaines d’appartenance utilisant cette distinction menacent l’unité nationale et les droits de tous.
- Une nouvelle conception fédérale, où l’appartenance politique repose sur la résidence et l’engagement commun, émerge comme alternative.
Des enjeux globaux aux réalités locales : implications pour la gouvernance et les droits humains
Les réflexions de Mamdani sur l’Ouganda et la question d’appartenance à la nation résonnent avec des problématiques mondiales. Les expulsions forcées de populations basées sur l’ethnicité ou la nationalité sont tristement présentes dans plusieurs régions, notamment les débats récents aux États-Unis autour de la politique migratoire et des droits des minorités.
Le contraste entre la réputation d’Idi Amin, diabolisé en Occident, et celle de Museveni, soutenu politiquement malgré ses exactions, illustre l’angle biaisé souvent adopté par la communauté internationale selon des logiques géopolitiques. Cette disparité souligne aussi l’importance de la souveraineté et la complexité des questions de gouvernance en Afrique.
La campagne réussie de Zohran Mamdani rappelle que la politique peut et doit être un espace où l’identité multiple ne fragilise pas, mais au contraire unit par l’adhésion à des valeurs universelles. En ce sens, le combat pour les droits humains et contre l’exclusion politique est un enjeu central pour toutes les démocraties, africaines ou occidentales.
- Les enjeux de gouvernance et d’identité sont intimement liés dans les sociétés postcoloniales.
- La communauté internationale doit dépasser des lectures simplistes pour mieux comprendre les dynamiques locales.
- Les luttes pour les droits humains en Afrique révèlent des enjeux universels d’inclusion et d’égalité.
- Des modèles politiques alternatifs, inspirés notamment par les succès à New York, peuvent inspirer des transformations au niveau mondial.
Qui était Idi Amin et quel impact a-t-il eu sur l’Ouganda ?
Idi Amin fut un dictateur ougandais dont le régime dans les années 1970 est tristement célèbre pour ses violations des droits humains, notamment l’expulsion forcée des populations asiatiques, déclenchant une crise économique et sociale majeure.
Quels sont les enjeux liés à la notion d’Indigénéité en Afrique ?
La notion d’Indigénéité, héritée de la colonisation, est souvent utilisée pour diviser les populations en privilégiant certains groupes aux dépens d’autres, compliquant la construction de nations inclusives et démocratiques.
Comment Zohran Mamdani incarne-t-il un renouveau politique ?
Zohran Mamdani représente une nouvelle génération politique qui combine fierté identitaire plurielle et adhésion à des valeurs universelles, proposant une politique inclusive à New York et inspirant ailleurs.
Pourquoi Mahmood Mamdani remet-il en question l’image unilatérale d’Idi Amin ?
Mahmood Mamdani propose une analyse nuancée en situant Amin dans son contexte historique et politique, montrant qu’il est plus complexe qu’un simple dictateur brutal, avec des stratégies visant à unifier l’Ouganda à travers des politiques d’exclusion raciale.
Quels parallèles peut-on tracer entre l’Ouganda et les débats actuels aux États-Unis sur l’appartenance ?
Les débats américains sur l’identité, la citoyenneté et la politique migratoire rappellent certains aspects des expulsions forcées ougandaises, mettant en lumière les défis universels de l’inclusion et du respect des droits humains.
Source: www.theguardian.com
Née en France mais d’origine Ougandaise et âgée de 49 ans, amoureuse de la cuisine africaine transmise par mes ancêtres, je partage avec passion les saveurs et les traditions culinaires de mon héritage familial.

